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<<...Nous faisons de la lutte pour l'égalité et contre toutes les formes d'intolérance, d'exclusion et de discriminations un axe essentiel de nos efforts afin de promouvoir la dignité de tous les citoyen -nes. Nous combattons le racisme, l'antisémitisme, la xénophobie et toutes les discriminations. Nous nous prononçons pour le droit d'asile en conformité avec la Convention de Genève, pour la régularisation de tous les sans papiers, pour le droit de vote de tous les résidents étrangers. Nous demandons l'abolition de la double peine. Nous exigeons l'application des lois qui protègent les gens du voyage. >>


Congrès de saint Denis, Mars 2003

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Mercredi 21 novembre 2007

DEMAIN JEUDI, " Maman est folle " sur France 3, Jeudi 22 novembre, 20 H 55

Sylvie jeune mère de famille habite Calais. Un jour, elle tombe en panne sur une route déserte, avec ses enfants. Un homme, Jallal l'aide. Quelque jours plus tard, Sylvie retrouve cet homme sans l'avoir cherché. Il est au centre d'un rassemblement de réfugiés qui viennent panser leurs plaies. Sylvie prend brutalement conscience de la réalité de ces ombres que chacun nie. Elle commence à s'investir auprès des bénévoles. Qui paniquent un peu, puisque désormais, l'hospitalité auprès des migrants est considérée comme criminelle. Et Sylvie va apprendre à ses dépens et à ceux de sa famille, que rester un être humain conscient des malheurs du monde n'et pas forcément bien perçu par le reste de la société.


Jean Pierre Ameris a eu l'idée de ce film en 2002, au moment de la fermeture du centre de Sangatte. Un certain nombre de bénévoles de Calais sont mis en examen pour avoir aidé des migrants. Le réalisateur révolté en parle avec un auteur, Olivier Adam qui a déjà longuement renconté des adolescents, lycéens à Calais sur cette question de l'immigration et envisage d'en faire un livre.
Jean Pierre Ameris part plusieurs mois à Calais et s'engage auprès d'une association de bénévoles.
Olivier Adam écrit un récit sombre, dur " A l'abri de rien", un des gros succés de librairie de cet automne et qui était sur la liste des candidats au prix Goncourt.
Jean Pierre Ameris, en revenant de son périple calaisien en reprend la trame, mais avec un côté candide.


C'est un film qui aurait dû voir le jour au cinéma et que le grand écran a rejeté. Trop engagé, trop triste, trop gênant. Un film qui s'émeut de la criminalisation des bénévoles qui aident ces migrants  à se sentir encore des hommes
Ce film a été quatre fois récompensé au Festival de la Fiction de La Rochelle en septembre dernier et Prix du Public au Festival International Tout écran de Genève au début du mois.

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A l'abri de rien", un livre bouleversant

Ca commence comme ça. La détresse ordinaire d'une femme dans un pavillon de banlieue : "Millions de maisons identiques aux murs crépis de pâle, de beige, de rose, millions de volets peints s'écaillant, de portes de garage mal ajustées, de jardinets cachés derrière... millions de téléviseurs allumés dans des salons Conforama.... Millions d'hommes et de femmes invisibles et noyés, d'existences imperceptibles et fondues". La vie de Marie ?"L'ANPE et les annonces une fois par semaine, les Assedic...les gamins le bain...le cinéma une fois tous les six mois, la télé tous les soirs".

"A l'abri de rien" Olivier Adam (editions de l'Olivier)Une nuit, alors qu'elle est en panne sur la route,  un "Kosovar" ("Tout le monde les appelait les Kosovars, mais c'étaient surtout des Irakiens, des Iraniens, des Afghans, des Pakistanais, des Soudanais, des Kurdes...") lui change le pneu de sa voiture. Marie bascule alors du côté de ces invisibles, sans papiers et sans identité, en perpétuelle errance depuis la fermeture de Sangatte ("Je n'ai jamais compris pourquoi ils l'avaient fermé ce camp. Les choses n'avaient fait qu'empirer."). Au côté de son amie Isabelle et d'associations caritatives, elle tente de donner le minimum à ceux qui n'ont rien : papiers, vêtements, soins, chaleur humaine. Mais comment combler un gouffre, arrêter la police, s'opposer aux contrôles, aux expulsions? Marie néglige sa famille, oublie ses enfants.  Marie en fait trop (ou pas assez...), passe du côté de l'illégalité, dérive,  bascule dans la folie pour réparer l'injustice du monde. Un roman bouleversant où se superposent et s'affrontent la misère ordinaire d'un quotidien sans espoir et le dénuement total d'exilés pourchassés. Entre ces deux univers, gens d'ici et malheureux d'ailleurs, peu de solidarité, la haine parfois prête à surgir.L'émotion affleure à chaque phrase de ce récit tendu, où une héroïne fragile se fracasse sur les récifs de l'existence. Un des beaux romans de la rentrée, qui confirme après l'"Eldorado" de Gaudé en 2006, l 'intérêt des romanciers les plus en phase avec le monde contemporain pour les rapports Nord-Sud.

"A l'abri de rien" Olivier Adam (édition de l'Olivier)

 

 

 

Interview d'Olivier Adam

Olivier Adam (AFP/Pierre Verdy)Comment en êtes-vous arrivé à écrire sur les sans-papiers ? Vous êtes vous documenté  ?
Le travail n'a pas été d'apprendre des choses à ce sujet,  ç'a été de les oublier. J'ai travaillé à Calais pendant trois ans, de 2002 à 2005, pour animer des ateliers d'écriture dans un établissement professionnel situé en ZEP. 

J'étais donc à Calais, avant et après la fermeture de Sangatte. Les cours finissaient à 16h30. J'avais du temps, ne serait-ce qu'en me promenant, pour sentir les lieux, et la réalité vous sautait à la figure : il y avait là des centaines de réfugiés qui cherchaient à passer en Angleterre. On les voyait dans le centre-ville, le long des routes, près du port.

Après la fermeture de Sangatte, il y avait 200 à 300 migrants qui erraient dans la ville, cherchant où dormir. Alors que je marchais sur la plage une nuit, j'ai entendu les chiens, les flics, ils étaient vingt à vider quatre réfugiés qui s'étaient abrités dans un chalet (le nom des cabanes en bord de plage). Quand je me suis approché, les policiers m'ont dit de me casser. Autre scène qui m'a marquée : près des installations portuaires, j'ai vu 150 sans-papiers à la file. Au bout, des tréteaux, des Butagaz et quatre femmes bénévoles qui nourrissaient les réfugiés.

Tout ça c'est un écheveau, ça m'a interpellé, ce côté état de siège. Le prof avec lequel je travaillais, pour les ateliers d'écriture, aidait les réfugiés. Il en avait pris un jour dans sa voiture pour les transporter, des parents se sont plaints, invoquant les maladies, le risque de contagion pour les élèves. Tout est bon pour décourager ceux qui aident les migrants, la calomnie, l'intimidation, les convocations judiciaires et même les procès. Le livre s'est nourri de tout ça, même si l'image qui fonde le livre, c'est celle de Marie, cette femme qui vide ses placards pour tout donner aux réfugiés. Et l'autre image, c'est celle du fils qui voit partir sa mère dans la nuit et sait qu'il ne pourra pas dormir avant qu'elle rentre.

Il y a dans votre livre des phrases peu amènes sur le ministre de l'Intérieur de l'époque, aujourd'hui président de la République …
Le livre est évidemment né d'une situation politique, le sarkozysme. Marie s'engage corps et âme, elle ne peut pas dire autre chose que "cet enfoiré de ministre de l'intérieur". Quand il dit "on va fermer Sangatte", ça a l'air abstrait, mais elle sait que c'est terriblement concret. Qu'on va priver les réfugiés d'un toit, d'une infirmerie. Qu'on va leur pourrir la vie, les enfermer dans des centres de rétention. Elle sait aussi que des migrants meurent, en essayant de passer en Angleterre. Par exemple en mettant la tête dans des sacs plastiques pour échapper aux sondes CO2 (qui détectent le gaz carbonique, donc la respiration). Le cinéma anglais engagé est né sous Margaret Thatcher. On parle d'un retour au réel dans le roman français, c'est peut-être le même phénomène.

En même temps, il y a un côté quasi-mystique chez Marie…
Dans son désir de transcendance, de don, il y a un truc limite Mouchette vue par Besson, ou Bernanos revu par Pialat. Pourquoi cette quête de pureté, de transcendance, alors que je suis plutôt athée ? Je ne sais pas. Etre écrivain, c'est faire l'expérience mentale de vivre d'autres vies que la sienne. Et les clé autobiographiques ne m'intéressent pas.

Une quête de sens ?
Oui. A force de vider les choses de leur sens, de réduire l'être à l'avoir, l'être humain au consommateur, il y a le retour d'une quête de sens. C'est aussi ça qui agite Marie, tout ce qui tend à la réduire : les émissions nulles à la télé, l'appel à la consommation. Elle manque d'air, ne veut pas se laisser enfermer pour de bon. Cette bulle d'air, c'est la place qu'elle a l'impression de retrouver dans l'aide aux migrants, ce concentré d'humanité.

Vous êtes sélectionné pour  le Goncourt, le Renaudot, le Médicis, le prix Francetélévisions…
J'avais déjà été finaliste du Goncourt sans rien obtenir...Je suis le Poulidor des prix littéraires et je pense que je n'obtiendrai rien. Mais bon, autant être dans les sélections qui ont d'ailleurs des côtés assez sidérants. Cette année, des noms de "goncourables" ont commencé à circuler dès mai, juin - Yasmina Reza, Amélie Nothomb- sans même qu'on connaisse la qualité des livres.  Il y a 700 bouquins qui sortent  et tout le feu médiatique se concentre sur une petite dizaine de romans sélectionnés pour les prix littéraires.

Est-ce que le côté «  social » sert ou dessert le livre ?
Il ne l'a pas desservi auprès du public, puisqu'on a dépassé 60.000 de tirage et que jamais un de mes livres ne s'est vendu aussi vite aussi bien. Maintenant, c'est très français de coller l'étiquette «  social » à un écrivain travaillant sur un terrain sociologique qui est la France majoritaire, celle qui va dans les centres commerciaux et vit avec 1500 euros par mois. Pour certains critiques , prendre le RER, c'est kitsch, parler de la banlieue aussi ….

Vous vivez à Saint-Malo, loin du milieu littéraire parisien.
Avec ma compagne et ma fille, qui a maintenant 5 ans, on est parti il y a deux ans vivre en Bretagne. C'était en 2005 : j'ai commencé à pouvoir vivre uniquement de ma plume après le film "Tout va bien ne t'en fais pas", qui m'a permis de vendre plus de 160.000 exemplaires de mon roman en poche. Je me sens mieux auprès de la mer, parfois même elle me suffit. Et de Paris rien ne me manque, sauf mes amis …qui viennent maintenant à Saint-Malo.

A quoi ressemblera le prochain livre ?
Il sera plus posé, plus apaisé. "A l'abri de rien " était un livre écrit avec le pied sur l'accélérateur, en adéquation avec le personnage et la situation décrite. Mais rien n'est sûr. Plus un livre marche (ce qui est le cas avec "A l'abri de rien"),  plus vous pouvez prendre votre temps pour le suivant.

"A l'abri de rien » sera-t-il adapté au cinéma ?
A la télévision. Jean-Pierre Ameris qui avait déjà adapté au cinéma un de mes livres, "Poids léger", va en faire une fiction pour France 3. Ca s'appellera "Maman est folle », avec Isabelle Carré dans le rôle principal, et ça devrait être diffusé un samedi soir avant Noël. Ca amènera sûrement des spectateurs à s'intéresser à une histoire qu'ils n'ont pas lue, et aux sans-papiers de Sangatte ou d'ailleurs. Ce qu'il y a de drôle, c'est qu'au départ, personne ne voulait de cette histoire au cinéma. Maintenant que le livre marche, les mêmes producteurs qui refusaient de s'y intéresser rappellent pour faire le film.


par Jeunes Communistes publié dans : Sans Papiers
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